26 Août 1914 : une histoire familiale

Publié le 20 Août 2014

Ethe, Gomery, Latour sont des petites communes belges non loin de la frontière française.

En Août 1914, la guerre n'aurait pas dû venir dans cette terre du Luxembourg belge. La violation de la neutralité de la Belgique par l'Allemagne a changé la donne.

Alors  que Liège est tombée le 16 Août 1914, les combats se poursuivent en Belgique. Un Corps d'Armée français est envoyé dans le Luxembourg belge pour attaquer le centre de l'Armée allemande qui se déploie de Bruxelles (prise le 20 Août) aux Vosges.

Des aéronefs allemands survolent les troupes françaises qui arrivent dans la Gaume, terre valonnée. 

Le 22 Août, la confrontation est terrible à Ethe.

Les soldats français essuient les tirs incessants de l'artillerie et des mitrailleuses de l'Armée allemande qui est installée en haut des collines.

Les pertes sont considérables dans les rangs français.

Des blessés sont conduits à Gomery où les habitants leur apportent les premiers secours. Une ambulance de campagne est installée dans une maison du village par des médecins et des infirmiers français. Parmi les blessés, le Lieutenant Joseph Jeannin subit une amputation du pied dans des conditions épouvantables.

Les troupes françaises, très affaiblies, engagent un repli vers la frontière.

Les soldats allemands reprennent leur progression.

L'ambulance de Gomery est visitée dans la journée du 23 Août à trois reprises par des patrouilles allemandes. Alors que les deux premières repartent après inspection, la troisième patrouille commence, sans raison, à tirer sur les blessés et les membres du corps médical français, puis elle met le feu à l'ambulance. Au premier étage, quelques blessés aidés par les médecins sautent dans le jardin pour échapper à l'incendie. Parmi eux, le docteur Sédillot et le lieutenant Jeannin. Avec d'autres, ils vont se cacher, "faire les morts" jusqu'au matin où des soldats allemands les font prisonniers. Dans tout le village de Gomery (comme à Ethe), le carnage a été terrible : les soldats allemands ont achevé les blessés français le long du mur du cimetière et ont tué les civils belges chez eux ou dans les rues. Plus de 70 hommes du village de Latour sont réquisitionnés pour enterrer les morts de Gomery. Deux peuvent s'échapper, les autres ne reviendront jamais dans leur village, laissant femmes et enfants seuls.

Le Lieutenant Jeannin, les Docteurs Sédillot et Simonin (blessé lui aussi) voient partout les corps des civils et des soldats ainsi que celui du Docteur de Charette (exécuté d'une balle dans la tête). Ils restent jusqu'à la fin de la journée dans la rue avant d'être conduits vers Allondrelles. Le lendemain, le 26 Août, ils arrivent au feldlazaret de Vezin-Charency. 

Pour juguler la gangrène qui se répand, le lieutenant Joseph Jeannin subit alors une deuxième amputation fatale. Il meurt le 26 août 1914. Il repose dans le petit cimetière allemand de Vezin-Charency. Sur sa tombe, sont inscrits son âge - 31 ans, les mentions "mort pour la France" et "quatre soldats français reposent avec lui". A gauche de sa tombe, celle d'un soldat allemand inconnu, à droite, celle d'un soldat français inconnu.

Instructeur à Saint Cyr, Joseph Jeannin avait quitté sa famille le 1er août 1914 pour rejoindre le 103ème R.I.. C'était le père de ma grand-mère maternelle, elle avait alors 4 ans.

En juillet dernier, avec ma mère et ma fille, nous avons été sur ces lieux de l'histoire familiale.

A Gomery, un monument a été érigé sur un mur du cimetière à la mémoire des blessés français exécutés par les soldats allemands, et sur une maison du village, une plaque a été posée pour rappeler la tragédie de l'ambulance.

A Ethe, un monument se dresse à l'entrée de la commune à la mémoire des 282 habitants "fusillés sans jugement" et "dont le seul crime était d'être belges".

A Latour, se trouve un petit musée dont le premier étage est consacré aux deux guerres dans la région. Il permet de mieux comprendre tous ces événements, très résumés ici, que l'on appelle "les atrocités allemandes de 1914" et qui ont marqué les premiers mois de la guerre en Belgique, mais aussi en Lorraine.

 

 

Rédigé par STANLEY DE LORRAINE

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